Ma petite minette a mis au monde trois adorables bébés chats.
Le premier est mort né. Le deuxième est handicapé, et nous ne savons pas s'il vivra, si nous ne devrons pas le faire piquer d'ici une dizaine de jours, car sa vie ne rimerai à rien.
Le troisième semble aller très bien.
Par contre, moi, je ne vais pas bien du tout.
Je suis mise face à mes démons et à ma colère envers le créateur.
Des pourquoi, des c'est pas juste, des c'est pas normal.
Je m'attendais à vivre quelque chose qui me réconcilie avec le fait d'avoir un enfant. Je m'attendais à ce que tout se passe bien pour me prouver que la vie est belle et parfaite, que les enfants ne meurent pas, que les accouchements se passent bien et que les mamans ne meurent pas en couche.
A lieu de cela, j'ai vécu l'accouchement de ma minette comme une horreur, sans savoir ce qui se passait, si je devais l'aider, si les choses que je voyais étaient normales.
Le premier petit chaton né, la maman l'a nettoyé et ensuite, ne s'en ai pas occupé. Je ne savais pas si c'était normal, puisque les contractions avaient recommencées, si le chaton aurait du chouiner. A la venue de la deuxième, j'ai compris qu'il y avait un problème avec le premier.
Dans ma famille, de nombreux premiers enfants sont morts, alors j'ai vu cela et vécu cela comme une nouvelle tragédie, comme si la malédiction des premiers nés familiaux m'avaient atteints de nouveau.
Le deuxième, j'ai vu rapidement que ses petites pattes arrières ne se positionnaient pas convenablement, mais là encore, il m'a fallut attendre le troisième pour réaliser que c'était vraiment pas normal. Je croyais que c'était parce que c'était un bébé, et que les muscles n'étaient pas aussi rigides que pour les adultes.
Le troisième est arrivé. Pas de problème, excepté que j'ai du enlever le placenta qui pendait de l'arrière train de la maman...
Bref, les leçons sont dures pour moi, parce qu'elles touchent toutes mes névroses: celles de la mort, de la perfection de la vie, de la naissance, des enfants, du fait d'être mère et de devoir accepter ce regard sur la vie.
Je suis en colère contre Dieu ou ce qu'il y a de plus grand et plus haut et plus beau dans la création. Une colère monstre, parce que je n'arrive pas à accéder à la paix, parce que je n'arrive pas à intégrer toutes ces choses qui viennent du fond de moi. Ces choses pas belles, que je juge pas belles.
Je ne comprends pas le noir. Je n'arrive pas à l'intégrer, et j'en ai peur. La mort, le sommeil. Ce sont deux choses qui me torturent. Je ne comprends pas la douleur, la faculté de faire du mal, la possibilité de vivre le malheur comme notre choix au plus profond.
Oui, je donne des conseils, en disant qu'il faut accepter la vie telle qu'elle nous est présentée parce qu'elle est notre choix.
Je l'ai intégré pour mon infertilité, pour beaucoup de choses comme des petites bobos, le fait de se bloquer le dos, d'avoir un accident.
Mais pas quand cela touche la mort.
Pourtant, je sais que nous sommes la mort, nous sommes déjà morts, dès notre premier souffle. Mais je n'arrive pas à me considérer comme cela, à me définir ainsi. Définir la vie comme étant la mort. Les deux sont une même et unique chose. Dire je suis en vie, reviens à dire je suis morte, parce que chaque seconde passée est une seconde morte. Et que l'on ne voit que le passé, donc ce qui est déjà mort.
Facile à expliquer non?
Mais quand cela touche nos propres démons, c'est l'enfer qui commence.
Je dois accepter que chaque chose est parfaite, je le dis souvent. Parfaite dans son imperfection, c'est ma phrase fétiche.
Mais la mort est parfaite. Le handicape du bébé chat est parfait. Voilà la réalité.
Ces deux petits chatons ont fait un choix avant de s'incarner: celui de faire un passage éclair pour le premier, pour le deuxième, celui d'être handicapé et de devoir peut être repartir vite.
parlons du troisième, le choix du roi? non, pas vraiment en fin de compte: le choix de rester. Jusqu'à quand, pourquoi faire, pour vivre quoi... Le choix le plus sordide au fond, celui de rester. D'oublier pourquoi il est là, et rester pour faire ce pourquoi il est là. Y'a t il quelque chose de plus absurde? Pas de bon ou de mauvais choix au fond, juste celui que nous faisons, l'expérience que nous décidons de vivre. Si au moins on n'oubliait pas tout, est ce que cela ne serait pas plus clément à vivre? Mais bien sure, l'expérience ne serait pas la même.
Je ne comprends pas les tenants et les aboutissements de tout cela, je dois juste comprendre la leçon et me dire que la nature semble parfois cruelle, mais elle ne l'est pas. Elle est ainsi, ici et maintenant, et si nous sommes là, c'est que le jeux, si nous en comprenons les règles et si nous les acceptons vraiment, doit tellement être génial, que nous décidons de revenir encore et toujours.
Je viens de voir les choses les plus cruelles que je pouvais supporter en ce lieux et aujourd'hui: rêver de bébé chats et voir ce rêve tourner au cauchemar.
Mais c'est devenu un cauchemar juste parce que je n'ai pas encore intégré certaines règles: pour qu'il y est un oiseau, il faut des chenilles à manger. Pour qu'il y est la vie, il faut la mort. Et la mort est juste l'autre face de la vie, pas son opposée.
Je suis faite de vie, mais je meurt tous les jours, parce que je change.
Le bébé chat mort, je m'en suis occupée moi. C'était un joli chat noir, superbe. Mais il lui manquait une chose: le souffle, le souffle de vie. C'est celui là qui nous retiens ici, et c'est lui qui part quand nous mourrons. C'est la seule chose qui fait de nous des êtres vivants.
J'espère que le bébé chat handicapé pourra vivre, mais que si c'est son choix, et qu'il guérisse, que ce soit juste un problème de posture, pas neurologique. S'il a choisi de venir ici ainsi, c'est qu'il avait quelque chose à faire, comme le fait de vivre cela avec lui veut dire que j'ai quelque chose à apprendre.
Je pense avoir compris ma leçon, alors j'espère qu'il choisira lui aussi ce qu'il y a de meilleur pour lui. Et je sois accepter que son choix sera peut être de repartir.
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